Bosser dans la musique : c’est payant ? (14 posts)

Topic tags: expérience, témoignage, travail
  • Profile picture of Eddie Eddie said 1 year ago:

    Bonsoir !

    On m’a dit une fois que « si tu as une passion pour la musique, bosser dans ce secteur n’est pas une bonne idée ». C’était sur Twitter donc je n’ai pas pensé à demander pourquoi (Twitter c’est le règne de la petite phrase, pour les discussions sérieuses c’est moyen) (d’où ce forum!), mais dans le sujet « Présentation des blogueurs », une phrase de Gwado de Yawam (on dirait un nom de jeu vidéo, j’adore) m’a fait tilter : « Sans trop y croire, mon objectif personnel est de bosser dans le milieu musical (d’être payé). » (http://petitlien.fr/gwado)

    Du coup ça m’a remis en tête ce tweet, et j’aimerais vous demander votre avis. Vos réponses seront forcément subjectives, mais avoir un retour d’expérience m’intéresse, et intéressera aussi Gwado je pense.

    Trois questions (vous pouvez en poser d’autres) : Bosser dans le milieu musical quand tu as une passion dévorante pour la musique, quels risques ? Est-ce que c’est payant ? (dans les deux du terme) Et pour ceux et celles qui sont dedans : vous pensez y rester toute votre carrière ?

  • Profile picture of Byghosta Byghosta said 1 year ago:

    Ce sujet m’intéresse fortement car cette année je boucle mon master recherche en histoire à Sciences-Po (pour bosser dans la musique c’est pas ce qu’il y a de plus conseillé comme parcours) et j’aurais peut-être voulu travailler par la suite dans le secteur de la musique. Merci à @Eddie d’avoir pensé à ce sujet ! :)

  • Profile picture of Alex Twist (RPUT) Alex Twist (RPUT) said 1 year ago:

    moi j’ai pas un avis très favorable sur la question, donc je sais pas s’il faut le prendre en compte
    j’ai eu une très mauvaise expérience en stage dans un label et ça m’a carrément dégouté du milieu, du coup j’ai une approche très différente maintenant, j’ai toujours envi de faire un label, mais je l’envisage plus comme une activité professionnelle mais comme quelque chose en plus que je fais sans chercher à en vivre mais simplement pour le plaisir d’apporter ma petite pierre à l’édifice

    je ne sais pas si bosser dans la musique est une bonne chose quand on est accroc de la musique, voilà les principales raisons qui me font penser ça:
    - bosser sur des trucs que l’on aime pas est pas du tout satisfaisant (impression de perdre son temps)
    - le boulot n’est pas forcément subtile, c’est les à cotés qui sont chouettes, mais en soit les tâches ne sont pas forcément bien complexes ou intéressantes (mais je peux me planter)
    - le risque de devenir un blasé de la musique et se faire bouffer sa flamme intérieure

  • Profile picture of Alex Twist (RPUT) Alex Twist (RPUT) said 1 year ago:

    après je pensais plus au taff en label, coté journaliste je peux pas dire, en tout cas passer des disques en note de frais c’est pas quelque chose qui me dérangerait

  • Profile picture of Sunalee Sunalee said 1 year ago:

    Il y a bosser dans la musique et bosser dans la musique. J’ai la chance de travailler dans une médiathèque, ce qui apporte beaucoup moins de contraintes que dans le milieu commercial. Je suis peut-être obligée d’écouter de très mauvais disques mais je suis libre aussi d’acheter des cd du bout du monde de très bonne qualité qui n’intéresseront peut-être que deux-trois personnes.
    Mon seul souci actuel, c’est que les médiathèques sont basées sur le prêt physique de cd, prêt qui est en chute libre depuis quelques années et que donc, je crains sérieusement pour mon emploi…

  • Profile picture of Benjamin F Benjamin F said 1 year ago:

    Personnellement, d’un point de vue professionnel, je prends grand soin à rester éloigné le plus possible du milieu musical, et plus généralement du milieu culturel.

    Je n’ai pas envie d’être financièrement dépendant de ma passion, je veux bien faire des trucs avec des potes comme c’est le cas avec le blog de Ricard mais vraiment ça s’arrête là. Je préfère mille fois avoir un job alimentaire (que j’aime pas mal par ailleurs) et consacrer mon temps libre à l’écriture.

    J’aime l’idée que ce que je fais pour la musique, je le fais par engagement sans aucune autre perspective financière. Et j’aime l’idée que ce soit quelque-chose de difficile, pour lequel je doive me battre en trouvant la motivation après une journée de travail de m’y remettre et de passer ma soirée à écrire (et à gérer tous les nombreux à côtés du site). Le jour où après des journées de travail, je n’aurai plus la motivation de m’y remettre, et bien c’est que ma passion et mon engagement ne seront plus assez forts, et que j’aurai baissé les bras.

    Je pourrai presque extrapoler la question sur le rapport entre artiste et travail, mais là aussi j’aurai facilement tendance à aller dans les extrêmes.

    Pour conclure « travailler dans le milieu musical », oui mais seulement si ça n’a rien à voir avec ma passion et mes convictions. S’il fallait être dans une fonction support d’un label (finance, achats, RH…), d’accord, mais être dans une fonction liée au cœur de l’activité (marketing, promotion…), je suis quasiment certain que je ne pourrai pas.

    Après encore une fois ce ne sont que des convictions personnelles et je ne jette la pierre à personne. Et bien content que des gens arrivent à trouver un équilibre dans des postes là. Je suis vraiment pas du genre à me plaindre du bonheur des autres.

    Enfin, comme le dit Sunalee les réponses sont aussi surement très différentes selon les typologies de poste.

    Du coup je suis globalement en phase avec Alex Twist et je plussoie cette idée : « mais je l’envisage plus comme une activité professionnelle mais comme quelque chose en plus que je fais sans chercher à en vivre mais simplement pour le plaisir d’apporter ma petite pierre à l’édifice ». Oui plaisir et engagement.

  • Profile picture of Laurent Laurent said 1 year ago:

    Comme Alex Twist et Benjamin, si j’ai toujours (même si je ne suis plus aussi fonceur qu’à mes 20 ans), l’envie de trouver une activité plus ou moins professionnelle dans la musique. Je ne chercherai pas à gagner du fric mais plutôt monter un label ou faire tourner des groupes que j’aime bien.

    Je dois, par contre, avouer que cette activité (ou plutôt idée) n’en est qu’à ses balbutiements… :-/

  • Profile picture of arbobo arbobo said 1 year ago:

    ceux que je connais gagnent peu d’argent, et n’ont pas toujours le job qu’ils cherchaient au départ (le journalisme, quand on dit que c’est bouché, c’est pas une blague),
    beaucoup de structures vivent de manière semi-bénévole, voire totalement bénévole, micro-labels, festivals…
    un festival de taille moyenne n’a parfois qu’un seul permanent,

    les métiers techniques ont peut-être (ça reste à voir) plus de visibilité sur leur activité et leur avenir à moyen terme, techniciens et ingénieurs du son, techniciens de salle et de scène, régisseurs,
    la seule stabillité est celle des grosses salles, en particulier les salles publiques polyvalentes type scènes nationales, mais du coup on n’est plus dans le musical pur (sauf Pleyel, l’opéra, quelques salles assez rares et institutionnelles)

    voilà, juste quelques impressions éparses tirées de plusieurs années de contacts avec des professionnels

    à la différence de benjamin, j’aurais volontiers été journaliste, avec les contraintes que ça implique (ligne du journal, délais, format, pas toujours le choix des sujets traités…),
    du coup là où je le rejoins c’est que puisque je suis totalement bénévole, je considère que cet investissement personnel gratuit doit m’acheter une liberté, de ton, de choix de sujets, de format…

    cette liberté, je pense que certains journalistes nous l’envient, et on peut même considérer que du coup nous sommes un peu une concurrence déloyale ^^_

  • Profile picture of anakin anakin said 1 year ago:

    Il y en qui travaille dans la joie et l’allégresse, moi c’est dans la musique, mais pas au sens du topic d’Eddie. :)

  • Profile picture of Matador Matador said 1 year ago:

    Travailler dans la musique, pour moi, ce serait avoir le cul entre deux chaises. Si tu es journaliste, tu dois prendre la responsabilité de tes critiques (ce n’est pas comme sur un blog, où on n’est pas payé pour avoir une visibilité à caractère officiel). Le journalisme fait de nous des cibles pour tous les groupes qui, eux, ont le privilège et le courage de créer. Ce sont eux les authentiques critiques. Il faut donc accepter l’équation un peu facile (et peut-être fallacieuse mais en tout cas très partagée) création=amour, critique=aigreur. Comme je caresse aussi l’espoir de créer (dans divers domaines), je ne serais pas sûr d’assumer entièrement cette position. Et puis, entre nous, a-t-on vraiment droit à la liberté de ton dans la presse? j’ai quelques exemples en main qui me permettent d’en douter…

    Dans d’autres secteurs (production, publicité, création de label), le problème revient toujours au même; c’est comme si le créateur était l’artiste dans un monde de bourgeois , j’ai l’impression qu’il y a une scissure entre celui qui crée et ceux qui l’aident ou s’occupent de sa promotion (alors même qu’ils ne font quasiment pas de bénéfices!). Si je me trompe, vous pouvez le dire clairement. Ces a priori viennent peut-être de mon éducation. J’espère même, d’une certaine manière, que cette image est dépassée.

  • Profile picture of arbobo arbobo said 1 year ago:

    matador, je crois que c’est à chacun de déterminer s’il peut occuper ou non les deux positions,
    les bons écrivains-bons critiques ne sont pas rares (à commencer par Jérome Garcin), en musique pourquoi pas aussi, les disques de Joseph Ghosn sont très confidentiels mais il a aussi joué avec Matmos par exemple, je crois que son intégrité n’a été mise en cause ni comme critique ni comme musicien,
    l’histoire des Cahiers du cinéma est aussi celle de critiques ET cinéastes (parfois successivement, parfois simultanément), Thierry Jousse ou Nicolas Saada en sont deux exemples récents.

  • Profile picture of Alex Twist (RPUT) Alex Twist (RPUT) said 1 year ago:

    la critique musicale ça peut aussi être du militantisme, je veux dire soutenir la musique que l’on a envi d’entendre et démonter celle qui nous gonfle, en soit je vois pas le soucis de faire ça, je veux dire créer une chanson c’est pas si compliqué que ça, c’est à la portée de beaucoup de monde, en revanche faire une chanson qui te transcende quand tu l’écoutes ça demande un talent que tout le monde n’a pas et c’est bien ça qu’il faut mettre en avant
    les musiciens ont besoin des journalistes, et plus encore quand il y a une profusion de disques, on a besoin de gens pour faire du tri et nous orienter vers ce que l’on veut sans perdre du temps à se taper des disques pas pour nous
    la critique n’est pas un art si facile que ça, d’une part à cause des pressions extérieures (label, artiste etc.) et aussi parce que ça demande de savoir être « juste » sur un disque, ne pas dire des mots gratuits ou faire de belles formules qui sonnent creux, ça demande d’être sincère et d’arriver à comprendre ce qu’a fait le groupe, et c’est pas toujours si évident, enfin bref, la musique si l’on veut être militant, on peut en faire, mais on peut aussi en parler et essayer de faire connaître ça, et le journalisme musical part parfois (pas toujours) de ces intentions là

  • Profile picture of Joe Gonzalez Joe Gonzalez said 1 year ago:

    Je ne veux pas travailler dans la musique parce que y’a pas de boulot et en plus ça paie pas et on doit écouter des trucs nazes etc etc, vous avez tout dit.

    SAUF

    Que la seule conjecture qui me ferait travailler « dans la musique », ce serait (utopie, apocalypse, bimbambom) en devenant patron de Pitchfork. C’est une métaphore, évidemment, j’ai aucune envie de devenir Ryan Shreiber (si c’est bien son nom, j’ai la flemme de fouiller). Disons que si C’est Entendu devait très, très, très très gros. genre 100 fois le lectorat actuel. Si en dirigeant CE, je pouvais donc bosser dans la musique + en vivre + ne pas avoir à subir de ligne éditoriale (ce serait la mienne) + organiser un festival musical quand je veux + une téloche + voir plein de concerts, avoir plein de disques et travailler tous les jours avec des passionnés comme moi… ALORS LA ouais, je bosserais dans la musique.

    En attendant que C’est Entendu ne devienne Pitchfork, j’ai un boulot dans la Culture, pas prise de tête et plutôt sécurisant. Je le garde.

  • Profile picture of Footeuz Footeuz said 11 months, 1 week ago:

    Très intéressant ce sujet.
    Je me suis longtemps posé la question.
    Perso je suis ingénieur informaticienne. Et après 8 ans à avoir bossé dans des milieux autres que la musique je me suis retrouvée à bosser pour un gros site musical. ça devait être le job idéal pour moi grande passionnée de musique. Mais au bout de 2 ans et demi j’ai quitté ce monde là pour retourner dans un milieu sans aucun rapport avec la musique.
    C’est là que j’ai lancé mon blog, sans aucune pression des grosses majors, sans aucune deadline, sans personne qui me dise ce qui est bien d’écouter ou non.
    Je connais bien également le côté bénévole qui se bat toute l’année pour faire vivre un gros festival.
    Car j’ai fait ça pendant 6 ans. Mais de ce côté là aussi on touche du doigt le pouvoir de l’argent et de la concurrence.

    Donc perso je crois que j’ai établi un équilibre en continuant mon blog dans mon coin et en continuant de soutenir des artistes qui sont devenus des amis.
    Parcequ’au final c’est eux qui souffrent le plus du fait que bosser dans la musique ça paye pas.

    Et je me souvendrai toujours d’une phrase d’un directeur de centre de formation aux metiers de la musique qui à la fin de 2 stages m’a dit « Ne bosse pas dans la musique »